Association canadienne des professeurs d'immersion

Hommage à André Obadia (1939-2007)

 

Le 29 mai 2007

Chers membres de l'ACPI,

J'ai le triste regret de vous annoncer qu'un des membres fondateurs de l'Association canadienne des professeurs d'immersion (ACPI) et premier président de l'ACPI, le professeur émérite André Obadia de l'Université Simon Fraser, est décédé le 26 mai dernier après un long et difficile combat contre le cancer.

L'ACPI souhaite d'abord exprimer à la famille du professeur Obadia ses condoléances sincères et ses vœux de courage en ces moments difficiles.

Dans cette missive, j'aimerais partager avec vous un des derniers souhaits d'André. Comme il savait que ses jours étaient comptés et que tous les traitements médicaux avaient été arrêtés, il avait souhaité réaliser une entrevue vidéo qui devait être présentée au Congrès 2007 de l'ACPI… Ce congrès devait être pour lui très symbolique. Cet événement soulignera les 30 ans de l'ACPI, les 30 ans d'une association que le professeur Obadia a fondée et qu'il a été le premier à présider. De surcroît, ce congrès se déroulera en Colombie-Britannique, là où il a poursuivi la dernière partie de sa carrière.

capture écran du courriel de M. Obadia

Cette vidéo devait être réalisée le 25 mai à Montréal. André m'a même écrit le 24 en matinée pour me confirmer notre rencontre pour le tournage de la vidéo. Et voilà que quelques heures après ce courriel d'André, je reçois un appel d'un membre de sa famille m'informant qu'André s'inquiète de ne pouvoir participer à l'entrevue. J'apprends donc, quelques minutes à peine après avoir lu son courriel, qu'il vient d'être hospitalisé, ce même 24 mai, et qu'il ne viendra pas à Montréal. Je réponds aussitôt à André de s'inquiéter plutôt de sa santé et que nous trouverons bien un autre moment pour réaliser la vidéo. Ce moment ne viendra pas. Ce moment ne viendra plus.

Ce qu'il faut retenir de ce grand homme, c'est que le 24 mai, alors qu'il était hospitalisé, alors qu'il en était à ses derniers jours, le professeur André Obadia se souciait encore de l'ACPI, comme il l'a fait au cours des 30 ans d'existence de cette association, comme il l'a fait tout au cours de sa carrière. Et quelle carrière pour cet homme!

Le professeur André Obadia était d'abord très apprécié de ses étudiants. Lors d'un séjour en Colombie-Britannique, il m'avait invité à assister à l'un de ses cours. Quelle a été ma surprise quand il a commencé le cours en disant à ses étudiants « Mes enfants, aujourd'hui nous allons […] ». André était aimé de ses étudiants et il les aimait tout autant, au point de les appeler « mes enfants ». Nombreux sont les conseillers pédagogiques et les enseignants de Colombie-Britannique qui l'ont eu comme professeur. Il était toujours à l'écoute de ses étudiants et savait les amener à se dépasser, comme il a su lui-même se dépasser tout au long de sa carrière.

Il a obtenu son baccalauréat en Langues et lettres françaises à l'Université de Montréal en 1967. Puis, il décroche une maîtrise en éducation à la McMaster University en 1976. En 1986, il obtient son doctorat à l'Université d'Ottawa. Sa carrière universitaire a été marquée par des dizaines de publications dans des revues prestigieuses comme la Revue canadienne des langues modernes. Il a aussi captivé des milliers d'enseignants et de collègues universitaires par une multitude de conférences de haute envolée, prononcées tant en Amérique du Nord qu'en Europe. La France a d'ailleurs reconnu sa contribution remarquable à la promotion de la culture française en lui attribuant le titre de Chevalier de l'Ordre des Palmes académiques (par décret du 27 juillet 1995).

Ernest Tétrault et André Obadia

Ernest Tétreault et André Obadia, lors du Congrès 2003 de l'ACPI

Le professeur Obadia a toujours été d'une grande générosité envers l'ACPI. Il a donné une partie de sa vie pour s'occuper de l'ACPI. Il a partagé ses nombreuses publications avec l'ACPI. Il a accepté de venir prononcer de nombreuses conférences pour l'ACPI. Cet éminent professeur a su donner l'impulsion nécessaire à notre association pour que cette dernière perdure à travers les décennies, à travers ce grand homme.

André, l'Association canadienne des professeurs d'immersion souhaite te rendre un dernier hommage en créant le Prix d'excellence André Obadia de l'ACPI, prix qui sera remis chaque année à notre congrès annuel à une ou plusieurs personnes qui se sont particulièrement distinguées en immersion au Canada.

André, tu nous manques déjà. André, nous nous ennuierons de toi. Ton départ laisse un grand vide. Mais ne t'inquiète pas. Tu peux reposer en paix. Nous nous efforcerons de te faire honneur en nous assurant que l'immersion en français au Canada ne cesse de grandir, comme tu le souhaitais tant.

Au revoir André. Et merci mille fois.

André Obadia laisse dans le deuil son épouse, Mieko, ses cinq enfants, leurs conjoint(e)s et de nombreux petits-enfants. Les obsèques du professeur Obadia auront lieu le jeudi 31 mai 2007 à 10h00 au First Memorial Funeral Services & Boal Chapel, 1505 Lillooet Road, North Vancouver.

Témoignages

« Cher Thierry,

À titre d'ancien président de l'ACPI, je me permets de vous tutoyer. Quel choc d'apprendre qu'André n'est plus. J'ai passé de bons moments avec lui lors du 25ième congrès à Vancouver lorsque les anciens présidents ont été invités à participer aux assises. Après le colloque, j'ai prolongé mon séjour à Vancouver afin d'accepter son invitation de passer du temps avec lui. Nous avons fait du vélo ensemble autour du Parc Stanley; il m'a montré des coins de Vancouver que je ne connaissais pas et, Mieko, son amie dans le temps, son épouse par la suite et maintenant sa veuve, nous a préparé de superbes repas.

J'ai eu l'occasion de travailler de très près avec André lorsqu'ensemble, au début des années '70, nous avons créé le CCFI, le Centre culturel de français intensif. Il en était le directeur et moi, l'adjoint. C'est là que j'ai connu sa passion de mettre sur pied une association nationale pour l'immersion. J'ai aussi découvert sa passion pour la voile; André avait acheté un terrain sur le lac d'Argile, à une heure d'Ottawa, et voulant me convaincre de faire la même chose, on a fait le tour de l'endroit dans sa petite chaloupe et je riais de sa chaloupe qui prenait l'eau plus vite que nous ramions. Il m'a dit à ce moment et je ne l'oublierai jamais : «Un jour, j'aurai un superbe bateau et je ferai le tour du monde.» Ceux qui le connaissent savent qu'il a bien réalisé ce rêve....

Je te raconte ces choses et je ne sais même pas pourquoi; probablement pour prolonger les bons souvenirs que j'ai vécus avec lui.

Veuille transmettre mes plus profonds sentiments de tristesse à Mieko et à sa famille. »

- Ronald Tourigny, président de l'ACPI (1986-1987)

« Je veux exprimer mes vœux de sympathie à la grande famille de l'ACPI dont André était le papa, le mentor, le visionnaire et combien plus, l'ami de tant de gens. Je garde un bon souvenir d'André, le collègue, l'inspirateur, le passeur de rêve. J'aimerais partager mon profond regret devant cette grande perte à vos membres. »

- Benoît Cazabon, président-fondateur de l'ACREF

« C'est les larmes aux yeux que je vous écris en apprenant le décès d'André Obadia. Le Canada pleure sa perte mais cette douleur s'étend jusqu'aux États-Unis où nous, qui partageons sa passion pour l'immersion française, aimerions aussi lui rendre hommage pour tant d'années de service à notre profession et à la communauté francophone. Je suis remplie de tristesse mais je sais que nous continuerons son travail avec ardeur. »

- Isabelle Punchard

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